Lecadre
historique
La présence humaine
est particulièrement perceptible depuis l’âge de
bronze sur le littoral ou en des lieux d’où l’on
peut surveiller le large. A l’époque historique on voit
se développer une agglomération en bordure de Xombourgho,
au centre de l’île. La cité de l’époque
classique et hellénistique s’édifie plus au sud,
en lisière nord-est de la ville contemporaine, alors qu’à
l’époque de la conquête romaine, c’est la zone
côtière de Khora-Kionia qui connaît un remarquable
développement. On y trouve un important sanctuaire de Poséidon
et d’ Amphitrite, haut lieu de culte pour les navigateurs d’alors.
La ville continuera d’être habitée durant la première
période byzantine et jusqu’aux incursions des pirates qui
poussent les populations vers l’intérieur de l’île.
La conquête franque, au 13ème siècle, constitue
un tournant dans l’histoire de Tinos. Les seigneurs vénitiens
Guisi se rendent maîtres de l’île et fondent leur
centre administratif à Xombourgho où est érigée
la citadelle. Les gens du pays vivent comme serfs des Vénitiens,
leur terre étant répartie en fiefs. La forteresse résistera
pendant des siècles aux attaques successives des Turcs. Tinos
ne se rendra qu’en 1715, au terme d’un long et douloureux
siège. De sorte que, parmi les Cyclades, Tinos aura connu la
période la plus longue de Vénétocratie et, en contrepartie,
la période la plus courte de Turcocratie.
Au 19ème siècle Tinos progresse économiquement.
Elle compte environ 25.000 habitants et se situe, par sa démographie,
en tête des Cyclades. Le commerce et l’artisanat (la sériciculture,
en particulier, florissait déjà à l’époque
de l’occupation vénitienne) connaissent désormais
un développement soutenu et régulier. Les relations de
l’île avec Constantinople, Smyrne, Alexandrie, les grands
ports en Adriatique et en Mer Noire, revêtent un caractère
permanent. Tinos s’engage activement dans la Révolution
de 1821, avec la participation de nombreux combattants dans les unités
militaires et les nombreux morts au cours de la lutte de Libération.
Une étape dans l’histoire moderne de l’île
fut la découverte de l’icône de la Sainte Vierge,
dans la région de Khora, en 1823.
Les années de l’indépendance
sont marquées par une émigration massive vers Athènes,
d’artisans du marbre et de la pierre. C’est, par étapes,
le début d’une saignée démographique de l’île.
Parallèlement, les communautés tiniotes à Smyrne
et Constantinople, nombreuses et dynamiques, prospèrent tout
particulièrement au cours de le seconde moitié du 19ème
siècle. A Tinos même se développe de manière
impressionnante le tourisme à caractère religieux, en
raison du pèlerinage de la Vierge, cependant que se poursuivent
à la campagne les activités originelles liées à
la soie, au travail du marbre (Oxo Méri) et à d’autres
petits artisanats. A la même époque, Tinos se fait connaître
dans toute la Grèce par ses sculpteurs et ses peintres renommés
(Halépas, Vitalis, Lytras, Ghizis etc…) qui en font une
pépinière de créateurs dans l’espace méditerranéen.
Au prix de lourdes pertes
en vies humaines, durant l’Occupation, en particulier dans la
région de Oxo Méri, Tinos lutte avec force et par tous
les moyens contre les conquérants de l’Axe. L’après-guerre
sera caractéristique de l’absorption par les grands centres
urbains de la population de l’île. Sur le plan local, la
poussée du tourisme lié au pèlerinage constitue
la principale occasion de concentration de la plupart des activités
économiques et sociales à Khora, agglomérations
centrales de l’île. De nos jours, ce phénomène
est en régression et paraît réversible.
La plus grande partie de
la population (4.934 hab.) vit aujourd’hui à Khora, la
capitale. Impressionnant, cependant, est le fait que quelque quarante
petits hameaux de l’intérieur, à faible activité
(exception faite de Pyrgos, Sténi, Falatadhos, Komi, Kalloni,
avec environ 200 habitants chacun) totalisent encore de nos jours une
population de 3.405 personnes. Le reste (600) vivent sur la côte,
dans les localités récentes (Kionia, Aghios Romanos, Yannaki,
Rohari, sostis, Aghios Phocas, Ormos Isternion) ou plus anciennes (Panormos).
Dans tout l’arrière-pays et sur les côtes les plus
difficiles d’accès, le paysage demeure pur de toute activité
moderne. Elément particulièrement intéressant de
la campagne tiniote : Les rares changements du paysage rural et de l’habitat.
Les transformations opérées par étapes durant les
siècles, loin de bouleverser ont au contraire consolidé
les équilibres entre paysage naturel et écosystèmes.
Caractéristique, à cet égard, est les phénomène
des «terrasses» qui dominent partout, destinées qu’elles
sont à contenir la terre et à maintenir les cultures.
C’est de ce soubassement qu’a émergé, avec
le temps, le « miracle » architectural de la campagne tiniote.
Cette petite île est parvenue à entretenir et à
mettre en valeur des constructions remarquables par la diversité
de leurs formes et leur esthétique : fontaines, chapelles et
monastères, moulins à eau, moulins à vent, et notamment
les célèbres «pigeonniers» finement ouvragés,
élevés un peu partout dans la campagne. Ce sont là
quelques exemples d’une vue d’ensemble.
Dans le cadre de cet habitat
multidimensionnel, les villages de Tinos, aux structures harmonieuses,
entretiennent leurs microsociétés en édifiant leur
personnalité propre sur la sociabilité, la profonde religiosité,
indépendamment du dogme. Le contact constant et direct en société,
constitue la quotidienneté du Tiniote, qu’il s’agisse
des traditionnelles fêtes patronales, de l’époque
où on tue le cochon, des veillées, des réjouissances
inopinées, des manifestations culturelles de divers Clubs ou
bi en encore des grandes fêtes : de la Vierge à Khora,
de Notre Dame des Anges et de Sainte Pélagie à Kéhrovouni,
de Notre Dame Vourniotissa, de la Sainte Trinité, pour les Orthodoxes,
de même que la fête du Sacré Cœur de Jésus
à Xombourgho, ou de celle de la Vierge à Vrissi (1er Dimanche
de Mai), pour les Catholiques. Toutes ces occasions sont mises à
profit pars les Tiniotes pour resserrer leurs liens. Ils partagent les
moments de peine et de joie, persévèrent dans leur idiome
linguistique, se montrent, à l’occasion, critiques à
l’égard des familiers et des étrangers, sont respectueux
de leur culture populaire.
1776 - Choiseul-Gouffier :
« Au soleil couchant,
les femmes de Tinos sortent de leurs maisons, s’installent sur
le seuil et filent la soie. D’autres tricotent ou bien préparent
les feuilles de mûrier. Cependant la grand-mère conte des
histoires que viennent interrompre souvent les chants des jeunes filles
».